Le Triangle atlantique français

Christopher L. Miller, Le Triangle atlantique français. Littérature et culture de la traite négrière, traduit de l’anglais (USA) par Thomas Van Ruymbeke.

Entre la fin du XVIIe et le XIXe siècle, la France a déporté à elle seule plus d’un million d’Africains de l’autre côté de l’Atlantique, dans les îles à sucre de la Caraïbe, notamment à Saint-Domingue, considérée avant la révolution haïtienne comme la plus riche colonie sur terre. Elle l’a fait longtemps de manière légale et codifiée, puis clandestinement durant la période de la traite « interlope », dans la première moitié du XIXe siècle. Mise en lumière par les historiens, l’économie atlantique triangulaire qui reliait la France à l’Afrique et à la Caraïbe, alimentée par la traite négrière, est désormais bien connue du public. En revanche, l’impact culturel de la traite sur la vie intellectuelle française, et la culture même de la traite, le sont beaucoup moins. C’est tout l’enjeu de cet ouvrage, véritable somme dans laquelle Christopher Miller, dans une vaste enquête qui mène le lecteur tout autour de l’Atlantique, passe au crible de l’analyse non seulement le « système » triangulaire, mais aussi les grands textes littéraires sur la traite, de Voltaire à Césaire, Condé et Glissant, en passant par le théâtre d’Olympe de Gouges et la littérature maritime de Corbière ou Mérimée. Il nous dévoile les ambiguïtés de l’abolitionnisme et s’intéresse aux multiples ramifications culturelles de la traite — historiques, littéraires et cinématographiques — depuis le siècle des Lumières à nos jours, en métropole et dans les anciennes colonies françaises, y compris en Afrique.

[…] « Entre la fin du XVIIe et le XIXe siècle, la France a déporté à elle seule plus d’un million d’Africains de l’autre côté de l’Atlantique, dans les îles à sucre de la Caraïbe. » La première phrase du livre donne le ton. Nous sommes ici bien loin de tous ces ouvrages qui, dans le domaine des études multiculturelles, célèbrent le métissage, le mouvement et la rencontre des cultures. « Dans le contexte de la traite négrière, la rencontre était synonyme de guerre et de capture ; le mouvement, celui d’une marche forcée les fers aux pieds et d’un voyage sans retour ; le métissage était le fruit du viol. » Bien que la traite négrière française commence en 1633, 80 % des voyages négriers eurent lieu au XVIIIe siècle, celui que l’on appelle encore « le siècle des Lumières ».
Miller analyse la logique du commerce triangulaire, que les vents eux-mêmes semblaient favoriser. Il s’agissait de déporter des Africains, pour cultiver les Amériques et enrichir l’Europe. Selon Du Bois, l’un des intellectuels à l’origine du mouvement pour les droits civiques aux Etats-Unis, il fallait tuer cinq individus pour en capturer un vivant. Par ailleurs, le taux de mortalité pendant la traversée se situait entre 10 % et 20 %. En d’autres termes, si l’on considère tous les navires français, anglais, espagnols, portugais, etc., qui ont contribué à la traite, ce sont 1,5 million d’hommes et de femmes environ qui ont trouvé la mort pendant la traversée. Leurs corps sans sépulture furent jetés dans les gouffres amers. Les vaisseaux qui filaient sur les eaux portaient des noms emblématiques : Notre-Dame-de-la-Pitié, Marie-Joseph, ou encore Le Voltaire et Le Contrat social !
Voltaire, Rousseau, et leurs ambiguïtés, Olympe de Gouges, qui prit la défense des femmes et des esclaves, Edouard Corbière, et ses matelots homoérotiques, Aimé Césaire, qui semble parcourir le triangle atlantique à l’envers, dans le Cahier d’un retour au pays natal (Présence africaine), telles sont quelques-unes des figures qui apparaissent au cours de ce voyage littéraire, douloureux et grandiose à la fois. (Louis-Georges Tin, Le Monde des Livres)

Voir aussi l’article très fouillé de Syliane Larcher paru dans la revue La Vie des Idées : http://www.laviedesidees.fr/La-culture-francaise-de-la-traite.html

L’auteur : Christopher L. Miller est professeur de littérature française à l’université de Yale, où il enseigne aussi la culture afro-américaine.

ISBN : 978-2-915596-58-8

Décembre 2011, 23 x 15 cm, 544 pages, 29,90 €

Les Deux Princes de Calabar

Randy J. Sparks, Les Deux Princes de Calabar. Une odyssée transatlantique à la fin du XVIIIe siècle, traduit de l’anglais (USA).

Présentation : Ce récit historique, basé sur une authentique correspondance, raconte une histoire vraie. Celle de deux princes vivant de la traite des esclaves dans le Vieux Calabar, l’actuel Nigeria. Capturés par des négriers anglais en 1767, ils sont ensuite eux-mêmes déportés comme esclaves dans le Nouveau Monde, d’abord en Dominique, puis, trompés par un capitaine de navire, en Virginie. De retour à Bristol après une nouvelle évasion, Ancona Robin John et Little Ephraïm se convertissent au méthodisme et, avec l’aide des milieux abolitionnistes anglais, pour qui leur cas devient un symbole, réussissent à recouvrer officiellement leur liberté. Ils rentrent alors en Afrique, où ils renouent avec leur ancienne activité de marchands d’esclaves.

L’ouvrage que nous offre ici Randy Sparks est singulier à plus d’un titre, et même exceptionnel. Il nous plonge au cœur du monde atlantique de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Il s’agit bien d’une odyssée. Mais à la différence des périples mythiques d’un Ulysse, celle dont il est question ici conforte les travaux désormais nombreux des historiens tout en éclairant et en ‘dépaysant’ l’honnête homme peu au fait des acquis de la recherche […]. Remercions Randy Sparks d’avoir su, avec le talent d’un conteur et la force de l’historien, nous aider à mieux comprendre ce passé. (Olivier Pétré-Grenouilleau)

Préface d’Olivier Pétré-Grenouilleau

L’auteur : Randy Sparks est Associate Professor au département d’Histoire de l’Université d’État de Tulane (États-Unis) et directeur du Deep South Humanities Center. The Two Princes of Calabar a paru aux Harvard University Press en 2005.

Septembre 2007, 21 x 14 cm, 160 pages, 16 €

 

Les Vengeurs du Nouveau Monde : l’histoire de la Révolution haïtienne

Laurent Dubois, Les Vengeurs du Nouveau Monde. Histoire de la Révolution haïtienne, traduit de l’anglais (USA) par Thomas Van Ruymbeke.

Présentation : Ce livre raconte les événements qui ont marqué la plus grande — et l’une des plus sanglantes — révolte d’esclaves de l’histoire de l’humanité. Une révolte si importante qu’elle allait entraîner, en France, l’abolition de l’esclavage par la Convention nationale en 1794 et aboutir, dix ans plus tard, à la création de la première république noire du monde : la république d’Haïti. Cet ouvrage clair et dense retrace les étapes qui ont jalonné cette révolution sans précédent, qui constitue un moment essentiel de l’histoire politique moderne.

« À l’heure où l’histoire coloniale peine à se dégager des surenchères manipulatrices et de manipulations hasardeuses, il est bon de renouer avec la stricte rigueur de l’historien. Laurent Dubois affronte aujourd’hui l’un des événements-clés de l’histoire antillaise, la révolution haïtienne, référence obligée, qu’on la célèbre ou qu’on la vilipende. Le récit qu’il en propose est aussi complet qu’informé, d’autant plus intelligible que le premier quart de l’essai présente Saint-Domingue avant l’embrasement de l’été 1791 […]. Tenue pour la « Perle des Antilles », cette « île à sucre » est plus que florissante à l’heure où émerge l’affirmation politique des droits de l’homme, mais son exceptionnelle réussite repose sur un implacable régime ségrégationniste au fondement raciste […]. Dubois ne masque rien, sans égarer jamais. Sorti vainqueur, par une formidable habileté politique, des tensions qui l’opposent à Dieudonné, à Sonthonax et Rigaud, Toussaint Louverture croit un temps pouvoir assurer la liberté selon ses vues. De son propre aveu, dictateur et prophète, il échoue cependant, mais l’irrémédiable est là : la première république noire du monde. Rendant avec brio l’émergence de la conscience des Noirs comme les inflexions successives du processus révolutionnaire dans l’île, Dubois établit clairement que c’est là sans doute, dans le bruit et la fureur, que les idéaux démocratiques ont été le plus radicalement défendus. Une leçon à retenir. » (Philippe-Jean Catinchi, Le Monde des Livres)

Préface de Jean Casimir

L’auteur : Laurent Dubois est maître de conférences au département d’Histoire de l’Université d’État du Michigan (États-Unis). Avengers of the New World. The Story of the Haitian Revolution a paru aux Harvard University Press en 2004.

ISBN : 978-2-915596-13-7
Novembre 2005, 23 x 15 cm, 448 pages, 28 € (+ 2 € de participation aux frais de port)