Caroline Wetzlar,
Ressacs d’ébène
roman

Ressacs d’Ebène, c’est une déferlante d’archives centenaires qui s’échouent sur la plage d’une nouvelle génération, et au-delà de l’histoire et de la mémoire, une interrogation intime, à l’échelle individuelle : comment pouvait-on devenir négrier au dix-neuvième siècle ? Retour sur une Cuba richissime, blanche et esclavagiste, attirant l’interlope des aventuriers de la finance comme de la misère. Le récit s’attache aux compromissions personnelles et publiques d’une époque. Aux croiseurs anglais qui se lancent à la poursuite des trafiquants de Bois d’ébène mais livrent complaisamment les rescapés à l’« apprentissage » de la civilisation  esclavagiste, au mensonge racial d’un système que les maîtres transgressent avec les natives de la Côte… et que les dames abolitionnistes ne s’autorisent pas… Kaléidoscope de souvenirs, la voix du personnage principal se mêle ainsi aux portraits dressés par ses amis, amantes et relations pour cerner au plus près la réalité de cet apartheid tropical. Un voyage au plus loin néanmoins,  avec pour unique certitude la conscience d’une culpabilité ou son pressentiment forcé un jour, au détour d’un amour ou d’un choc. Et, d’outre-tombe, le pardon à solliciter.

Extrait : « Pour qu’un inconnu de mon sang, un jour, au cœur de la ville et hors de l’âge, franchisse le silence, remonte la supputation des rumeurs, déchire le rideau, me retrouve en leur génétique, tel que je les regarde, figé à mon poste malgré l’élongation de la pose due à l’objectif débutant. Sur la photo à repêcher de l’oubli, mes yeux serpentins dont l’iris noir a conservé son feu et sa violence, cinglant vers eux comme un bateau à travers la transparence de l’œil, si clair, presque blanc. Mon agressivité sombrement exigeante et irritable, l’inespérée élégance du marchand de nègres, les soupèsent à leur tour. Pour que l’un d’eux enfin me ramène à bon port, découvre notre lac Victoria, les sources de notre Nil, là-bas à Saint-Domingue. Qu’il recueille ce legs, celui de cette histoire que l’oncle Abbadie commença avant moi. Qu’il entende cette époque et ces mondes. Je me suis plu à naître un an après le rétablissement de l’esclavage, à rentrer quand se publiait la case de l’oncle Tom et à mourir quand éclatait la guerre de Sécession.  »

L’auteur : Caroline Wetzlar est avocate. Elle vit à Bordeaux. Ressacs d’ébène,  son premier roman, a été sélectionné à plusieurs fois par le site de Thalassa.

ISBN : 978-2-915596-44-1

Novembre 2008, 21 x 13 cm, 144 pages, 15 €