Georges Voisset, Les Lèvres du Monde.
Littératures comparées de la Caraïbe à l’Archipel malais

Aucun prix Nobel de littérature sud-est asiatique. Le cas est singulier. Mais existe-t-il vraiment des littératures sud-est asiatiques ? La littérature devrait, en principe, pouvoir fournir des explications. Mais pour cela il faudrait que la discipline, notamment au sein de l’Université française, ne souffre pas du même syndrome que le jury de Stockholm. Ce syndrome est appelé, dans ces pages, lecture occidentée du monde. Il consiste, avant tout, à ne plus savoir lire que dans les langues « europhones », à quelques rares exceptions près (japonais, chinois, arabe). La vocation de la Caraïbe au cœur des mondes atlantiques a fait, de ces lectures, l’un des piliers du renouveau des études comparatistes, notamment dites post-coloniales. Elle peut, en cela, servir de référent aux valeurs proclamées d’un « Tout-Monde ». Mais si « World Fiction » ou « Littérature-monde » défont et refont à toute allure leurs tours du monde, prétendant, à chaque boucle, abolir davantage de barrières, elles n’en entretiennent pas moins soigneusement leur muraille de Chine.

Entre les deux, l(Asie du sud-est littéraire, et la formidable réserve de Divers qu’elle incarne, demeurent à peine audibles dans nos concerts à l’éloge du Divers. Géopolitique, géosymbolique et littérature comparée auront ici beaucoup à faire. Le parti a été adopté, dans ce travail, de considérer que les littératures sud-est asiatiques existent, et qu’en conséquence elles sont, à la fois, incomparables et comparables, relevant, elles aussi, d’un « Tout-Monde » et non de « spécialités orientalistes ». Mais selon quelles mesures, quelles distances et quels extrêmes (Orient, Asie) ? En quel sens les aborder ?

Cet ouvrage se propose, dans un premier temps, de tenter de répondre à ces questions. Dans un second temps sont regroupées quelques excursions, parfaitement pionnières, qui explorent ces relations de distance et d’extrême. Elles concernent un monde particulièrement bien occulté dans nos échanges littéraires (peut-être parce que trop rétif à leurs ordonnancements), celui de l’Archipel malais. Ces pages seront aussi l’occasion de relire — et relier — la pensée de quelques figures marquantes de nos littératures comme celle de Voltaire ou de Segalen, parmi beaucoup d’autres.

L’auteur : Georges Voisset est professeur de littérature générale et comparée à l’Université des Antilles et de la Guyane. Il est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages et de nombreux articles sur les littératures de l’archipel malais et de la Caraïbe. Aux éditions Les Perséides, il a, depuis, publié Pantouns malais (2009), Malaisie. Le pays d’Entre-mondes (2010) et Contes sauvages (2012).

Mai 2008, 23 x 15 cm, 480 pages, 28 €